Dans les années 1870-1900, durant la Belle Époque, le tabac était un bien très précieux et cher. Des personnes ont su saisir l’opportunité pour créer un commerce insolite, inventant ainsi un nouveau métier, principalement dans les grandes villes telles que Paris… Petit retour dans le passé !
Le ramasseur de mégots dans les rues de Paris
Dans le Paris de la fin du XIXe siècle avant 1900, 50000 cigares sont fumés chaque jour. Des personnes sans ressources ont inventé un nouveau métier lié au tabac : le ramasseur de mégots. Ils étaient aussi appelés « les cueilleurs d’Orphelin » ou « mégotiers » en argot.
Ces ramasseurs un peu particuliers parcouraient les rues de la capitale à la recherche des mégots laissés par terre, mais aussi dans les caniveaux et ailleurs . Ainsi, durant les années 1870, un observateur décrivait ainsi ces travailleurs à Paris : « Ces derniers ramassent partout, dans le ruisseau, dans les vespasiennes. Ça leur est égal ». Ils se plaçaient aussi à proximité des terrasses des cafés ou d’événements, comme des mariages ou des courses de chevaux, près des magasins et des marchés, afin de récupérer ces déchets.
Une fois tous les bouts de mégots accumulés, ces « cueilleurs » rentraient chez eux. Ils faisaient sécher leur récolte, la hachaient menue, puis la mélangeaient pour fabriquer un nouveau tabac. Ce dernier est vendu à bas prix aux travailleurs pauvres des grandes villes, comme les balayeurs et les chiffonniers. L’argent ainsi récolté leur permettait de survivre.
Un texte de 1909 nous renseigne sur ce métier ingrat : “Sa tournée” [ndlr : celle du ramasseur de mégots] dure environ une heure et peut lui rapporter trente ou quarante sous. La récolte faite, le mégotier déroule les bouts de cigarettes, fait sécher le tabac obtenu et le classe en trois catégories. Le tout sera vendu à la place Maubert. (source : citation de l’ouvrage « Quelques métiers urbains de simple récolte » édité par le bureau de la science sociale).
L’apparition du terme de « mégotier » date de cette époque. Il était, en parallèle, utilisé comme un insulte pour désigner une personne avare. D’où notre mot “mégoter” employé actuellement dans la langue française pour dire que quelqu’un regarde à la dépense ou se montre réticent à donner.
Des images de mégotiers au musée
Il existe des documents attestant de la réalité et la dureté de ce métier. Ils se trouvent par exemple au Musée Carnavalet à Paris, spécialisé dans l’histoire de la capitale. Une des œuvres les plus connues est la photo de Paul Geniaux appelé “ le ramasseur de mégots », où l’on voit un homme ramasser ces déchets à la terrasse d’un restaurant.
Deux autres documents, acquis en 2023 par le musée, renseignent sur ce métier de la débrouille. Il s’agit d’une photo de H.C Wolf fixant un ramasseur de mégots devant un café et une carte postale de la collection Cailliot montrant une scène de rue avec un mégotier à l’ouvrage.
Enfin, une estampe d’Auguste Lepère montre deux marchands de mégots discutant place Maubert (dans le 5e arrondissement, près de la Sorbonne) à Paris, avec en arrière-plan la foule et la flèche de Notre-Dame.
Des ramasseurs à Londres aussi
Ce métier ingrat existait aussi à la même époque à Londres. Les ramasseurs de bouts de cigare étaient appelés « cigar-end finders ». C’était principalement une tâche pour des gamins irlandais, des vagabonds ou les chiffonniers qui gravitaient dans les quartiers aristocratiques de la City et les environs des théâtres et des casinos, lieux propices à trouver des bouts de cigares par terre. Un kilo de tabac d’occasion pouvait leur rapporter un shilling. Les mégots les plus longs étaient recherchés car « ils contenaient plus de tabac sain non altéré par la moiteur de la bouche ».
D’autres métiers insolites liés au ramassage
D’autres métiers du même genre, nés de la nécessité et de la misère urbaine, existaient à la même époque, comme le ramasseur de crottes. Ce dernier revendait les déjections aux maroquiniers qui s’en servaient pour supprimer la graisse des peaux d’animaux avant de les changer en cuir.
On peut aussi citer d’autres métiers liés au ramassage comme chiffonnier ou ange gardien (l’ancêtre de Sam, la personne référente qui vous ramène chez vous, car vous avez trop bu… )
Bon à savoir
D’autres métiers insolites se côtoyaient comme l’allumeur de réverbères, le marchand d’herbes, la porteuse de pains, le tapeur de vitres ou la réveilleuse …
Pour en savoir plus, vous pouvez aussi consulter le livre de Nicolas Méra « les métiers les plus insolites de l’histoire. Éditions Eyrolles poches